La
chronique musicale du Père Claude Ollivier vous fait découvrir
ou redécouvrir un opéra, un ballet...
Retrouvez
également certains extraits musicaux (signalés par un
haut-parleur )
Bonne
lecture...
A
VOIR :
A
LIRE :
+ Le ballet dans
tous ses états.
+ Un barbier de
qualité.
+
+
Le
ballet dans tous ses états
Le
ballet dans tous ses états
Vibrant hommage à la danse à l’opéra
de Paris qui dans un trajet chorégraphique a fait le lien entre
le XIX° siècle de Petipas et le XXI° siècle de
Forsythe : grandes œuvres et grands chorégraphes sont alors
rassemblés pour une histoire passionnante d’héritage
: deux pièces courtes et un extrait de « Raymonda »et
ses solos et duos d’anthologie. Balanchine ouvrait le rideau
sur les « Quatre Tempéraments » ou ballet sans trame
aux traits épurés, en pleine affinité avec la
musique de Paul Hindemith : ballet en noir et blanc illustrant le fond
des cœurs dans leur tempérament mélancolique, sanguin,
flegmatique ou colérique. Les figues sur scène se succèdent
sans discontinuité en créant des images musicales puisées
au cœur du ballet classique tout en entrant dans le mouvement
même de la modernité ; véritable « ballet
détourné » reliant la gestique du ballet classique
avec les accents les plus contrastés du contemporain avec ses
solistes, couples, groupe de quatre danseurs ou danseuses entrainant
la chorégraphie dans les mouvances des temps modernes !
Ce sera aussi des extraits du ballet « Raymonda », un grand
rêve oriental, de Petipa dans ses célèbres variations.
La chorégraphie de Noureev déroule ses trois actes dans
un moyen-âge de convention avec ses héros dans la somptuosité des
décors et ses lumières pour le meilleur de cette pièce
emblématique de la danse classique traversée par les
pas de deux, de quatre, de variations infinies dans l’apothéose
finale avec entre autre Delphine Moussin dans le rôle titre,
tout en grâce et en légèreté, transcendant
le moindre de ses pas et le rayonnant José Martinez imposant
sa stature d’Etoile dans ses bonds et ses élans parfaitement
maîtrisés.
Le troisième volet du programme était consacré à William
Forsythe et sa nouvelle version de « Artifact suite ».C’est
une sorte de déconstruction du ballet classique pour mieux en
approfondir sa substance la plus intime. Œuvre résolument
moderne dans ses formes de violence et de jeux des corps désarticulés
qui mettent mieux en valeur l’âme du mouvement constamment
en devenir de par la vitesse et l’excellence des variations de
l’ensemble du ballet faisant corps avec l’œuvre :
projeté de droite à gauche de la scéne, se retrouvant
dans le fond pour se plonger en avant , ramassés ou étendus,
un ballet qui dans sa vitesse foudroyante ne s’attache à rien
, qui se dérobe ou se refuse, c’est la vérité de
la vie !. Et c’est sur la chaconne de Bach que s’inscrivent
de superbes enchainements assurés en alternance par deux couples.
Dans la fosse le piano de Margot Kazimirska imprime sur des œuvres
d’Eva Crossmann-Hecht une dynamique quasi obsessionnelle traversant
les moindres fibres des danseurs.
Un
Barbier de qualité.
Un
Barbier de qualité
C’est la reprise de la belle et savoureuse réalisation
du Barbier de Séville à l’opéra Bastille
dans la mise en scène de Coline Serreau qui a poussé la
réflexion sur la profonde humanité de cet opéra
tout en soulignant la dimension comique de la musique qui n’ a
pas souffert un instant du message souterrain qui le soutenait : « il
faut atteindre, disait-elle, un certain niveau de profondeur pour faire
rire » et cette deuxième reprise de l’opéra
(2002 et 2005) pour cette saison reste fidèle au delà des
mille gags et de la musique et de la scénographie dans l’esprit
de la production : on rit pour mieux penser…
On retrouve le beau tableau de collines afghanes (décors de Jean-Marc
Stehlé et Antoine Fontaine, lumières de Geneviève Soubirou)
sur fond de ciel bleu étoilé qui ouvre l’opéra avec
une troupe de talibans prêts à donner du sabre et de la sérénade
( les beaux chœurs de l’opéra) . Une tour se dresse, elle est
habitée par un vieux chef de guerre le barbon Bartolo qui enferme dans
sa forteresse la belle Rosine qu’il voudrait épouser mais qui a évidemment
son cœur ailleurs. Elle n’apparaitra qu’à travers les
persiennes d’un vieux moucharabien. La scène tourne pour faire apparaître
la maison du barbon de style baroque islamiste avec son patio mauresque, ses
mosaïques turquoise, sa fontaine, ses balcons et ses escaliers avec ses
grilles en fer forgé devant protéger l’intimité drastique
de la demeure emprisonnant la belle Rosine. Le troisième acte se situe
alors dans le somptueux salon du barbon, aux tapis rouges avec ses divans et
ses multiples coussins et au fil de l’action ils seront projetés
au loin par Rosine pour laisser la place à un jardin et une terrasse légèrement éclairée
qui permettront à Rosine d’échapper à son maitre et
de retrouver son amant Almaviva et son Figaro qui la délivreront de toute
l’emprise de la tradition islamiste de sa « burka » bleue ,
le désert alors se transformera en oasis, les arbres poussent devant et
derrière le couple qui s’éloigne, fort de leur amour libéré.
La production bénéficie d’une belle distribution bien homogène
sans qu’elle soit exceptionnelle, et on s’amuse beaucoup sur le plateau…C’est
d’abord le Bartolo du baryton américain John Del Carlo à la
belle voix de bronze et à la taille impressionnante qui dominent avec
justesse et entrain toute l’action. C’est la basse anglaise Samuel
Ramey qui lui donne la réplique dans son rôle de Basilio dans le
savoureux air de la calomnie et de la dérision et qui a remporté tous
les suffrages de la salle médusée par un tel tempérament.
Ce sera aussi et surtout la belle Rosine de la soprano espagnole Maria Bayo (qui
reprend son rôle) : la voix est d‘une limpidité rayonnante à souhait.
On retrouve aussi avec plaisir la Berta de la soprano suisse Jeannette Fischer
dans son unique air, elle fera un tabac dans un numéro époustouflant
de drôlerie et de savoir faire. Le comte d’Almaviva du ténor
mexicain Javier Camarena passionné et amoureux fou de Rosine se jouera
des difficultés virevoltantes des vocalises rossiniennes pour camper un
personnage vif et sympathique dans toute l’élégance de son
personnage. Le Figaro du baryton roumain George Petean ne manque pas d’abattage
et reste bien en parfaite connivence avec son complice Almaviva. Et tout ce petit
monde est dirigé avec précision et clarté,par le chef français
Marc Piollet qui donne malgré peut-être un certain manque de zeste
musical italien à la musique de Rossini. Le style de musique de chambre
tout en raffinement quasi mozartien permet bien de retrouver les meilleurs accents
de cet opéra de rêve qu’on ne finit pas d’écouter…
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